Friday, May 23, 2008

Aventures ferroviaires.

800 mètres au dessus de Borjomi se trouve le village de Bakuriani, qui fut une station de ski réputée. La encore, la chute de l'Union Soviétique a fait du mal, et les installations ont beaucoup vieilli.
Pour s'y rendre, il faut prendre le minibus, opération suicidaire sur la route en lacet, ou le train. Ce dernier est beaucoup plus lent, mais certainement plus agréable.
De plus, nous avons une recommandation de la part du chef mécanicien de Borjomi pour faire le trajet dans la locomotive, une vieille Tchécoslovaque de 1966. Elles tracte deux wagons, un neuf et un vieux, deux fois moins cher. Vu le prix, nous optons pour le luxe. Le chauffeur nous demande de le rejoindre après le seconde station, il a d'autres invités pour l'instant.
Dans le wagon, un groupe d'adolescents rivalisent bruyament à coups de vilaines chansons diffusées par les téléphones portables, tandis que des adultes qui rentrent d'une célébration continuent de boire. Drôle d'atmosphère. Par contre, le paysage est superbe, et on a vraiment le temps de l'admirer avec notre moyenne de 15 kmh. Le train grimpe dans une foret collée à la montagne, des villages, petites maisons de bois et champs couverts de fleurs surgissent au détour d'un virage, et un petit torrent gambade le long de la voie. Il y a même un pont construit par Gustave Eiffel pour le franchir.
Nous avons rejoint le conducteur et son aide dans la cabine, panneaux de bois, volant d'acier, manette usées et sifflet façon train à vapeur. Otari nous parle de son métier, du trajet en hiver quand les arbres ploient sur la neige et des ours ou des loups rencontrés sur la voie.
Nous approchons de notre destination quand Otari freine en urgence. Je me retourne, le wagon tressaute d'une étrange manière. Le premier essieu est sorti des rails. Sans se démonter, Otari et son collègue sortent deux pièces d'acier très massives, en forme de coins qu'ils placent sur la voie, devant les roues fugitives. Très lentement, la locomotive avance, et les roues reviennent dans les rails. Quinze mètres de traverses ont été labourées par le poids du wagon. A peine trente minutes après l'accident, nous sommes de nouveau en marche. Notre conducteur semble un peu sombre, sans que nous puissions savoir s'il craint des problèmes, ou s'il est simplement vexé d'être en retard.
Après trois heures de voyage pour une quarantaine de kilomètres, nous voici à destination. Nous avons juste le temps de respirer le bon air pur des cimes, de manger une soupe et de boire un bière pour fêter notre premier déraillement, avant de reprendre le minibus du retour qui, pour une fois, roulera très prudemment.

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