Bien sur, quand une ville s’écrit comme ça, et se prononce encore plus sauvagement, peu de touristes s’y arrête. C’est trop difficile de demander au chauffeur du bus, et je vous laisse imaginer comment ça s’écrit en arménien…
C’est sans doute pourquoi il y a si peu d’hébergement ici, et encore moins de restaurants. Aussi, nous sommes bien content de trouver quelque chose dont le signe extérieur indique “bière”, et laisse espérer un peu de nourriture. On entre dans une cour, avec des tables et des chaises design (enfin, une vision provinciale arménienne du design, ce qui est assez drôle). Il fait trop frais pour manger dehors, et nous cherchons donc l’intérieur. Un type semble dormir debout au fond de la cour, près d’une porte d’où surgissent deux jeunes filles. Nous exprimons notre souhait, manger et boire, quand arrive une quatrième personne, une dame blonde habillée à la dernière mode (bustier panthère en imitation lycra et pantalon baggy). Elle houspille le type et nous demande de quoi nous avons envie. C’est une question plus rituelle que véritablement commerciale puisqu’il n’y a souvent qu’un seul plat disponible. Comme nous hésitons, elle nous montre de jolies truites. Nous sommes vite d’accord et les jeunes filles nous entraînent vers un escalier le long du bâtiment.
En bas, il fait sombre, et une boule à façettes éclaire le même mobilier design. Une seule table est occupée par quatre clients qui fument en buvant de la bière. Le plus drôle est au pied du bar, où deux types tentent de réparer la machine à pression. L’un des deux est un policier en tenue, son revolver à la ceinture, l’air passablement émêché, fumant cigarette sur cigarette au dessus d’une bouteille de gaz qui ressemble à celles qui font fonctionner la majorité des véhicules. Un peu inquiets, nous prenons place.
Nos bières arrivent, puis une belle salade, puis les poissons, le tout très bon. Les bricoleurs continuent et je m’attends presque à voir notre policier utiliser son arme comme un marteau. Malgré quelques jets de gaz intempestifs qui nous font sursauter, ils ont l’air satisfaits de la manière dont avancent les choses. Ils commencent d’ailleurs à passer la bouteille de l’autre côté du comptoir, puis entament le branchement de la machine. Tout à notre dîner, nous les oublions. Mais soudain, un cri, puis un long sifflement, et un grand jet de bière traverse la pièce, manquant d’arroser tous les clients. Personne n'a bougé.
Le silence revient, suivi de quelques éclats de rire, vite interrompus par la patronne, pas contente du tout de voir un fût entier de bière sur le carrelage de son restaurant. Elle décide donc de punir le civil en lui faisant nettoyer le sol, et d’envoyer le policier hilare prendre le frais. Enfin, elle se laisse aller à rire de la situation en traitant le policier de terroriste et en venant nous proposer un petit café.
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3 comments:
hey there again!!!j'sais pas si mon message avait ete recu...j ai bcp aime cette scene a la biere,benaquistienne..merci pour ces parentheses de voyage qu'on retrouve parfois en france...
Bise a ts
les 2, sylvia
Il avait le gout de biere le cafe?
Huhu coincee a la maison entre le bebe, trop de travail et un mauvais virus, c'est tres rafraichissant de vous lire, merci! XD
Christian, je me souviens, quand tu partais en voyage je réclamais des récits. Je suis comblée! C'est un vrai bonheur de vous lire tous les deux. Je ne suis pas assez calée pour juger de l'anglais mais j'aime beaucoup le style de l'écriture en français. A quand l'écriture d'un livre ou d'un scénario ?
Bises.
Vero Z.
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